lundi 19 septembre 2016

Eva Moreno - Hakan Nesser


source : site éditeur

La veille de son départ en vacances, Eva Moreno, inspectrice de police judiciaire, doit se rendre à Lejnice, une petite ville, pour y interroger Franz Lampe-Leermann, un petit voyou qui connaît beaucoup de "gros bonnets" et dont l'interrogatoire pourrait permettre aux policiers d'arrêter plusieurs personnes. Et celui-ci a spécifiquement demandé après Eva. Elle accepte de s'y rendre, pensant régler le cas rapidement. Dans le train, elle fait la connaissance de Mikaela, dix-huit ans, qui va rendre visite à son père qui vit dans un centre de soins psychiatriques depuis qu'il a été reconnu coupable, seize ans plus tôt, du meurtre d'une de ses élèves, Winnie, avec qui il a eu une aventure d'un soir et qui est tombée enceinte. Mikaela n'ayant que deux ans au moment des faits, c'est en réalité la première fois qu'elle rencontre son père dont elle ignorait tout jusqu'à quelques jours auparavant. Le lendemain de sa visite, Mikaela disparaît.

Après des lectures exigeantes et plutôt mélancoliques (Beckomberga et Hiver à Sokcho), j'avais envie d'un polar et de fraîcheur, autrement dit (je sais, c'est cliché) d'un roman policier scandinave. Et si possible un/e auteur que je ne connaissais pas encore. J'ai donc fait confiance à ma libraire qui m'a conseillé Hakan Nesser, un auteur suédois que The SundayTimes place au premier rang des auteurs suédois. 

Je ne le regrette pas, car j'ai bien aimé ce roman, surtout pour son personnage d'Eva, laquelle a un franc-parler qui m'a bien plu, comme dans l'extrait ci-dessous où elle discute de la disparition de Mikaela avec le commissaire Vrommel de Lejnice : 

- Qu'est-ce qui a bien pu se passer, à votre avis ? demanda-t-elle.
(...)
- Rien, fit-il.
- Rien ? répéta Moreno, étonnée. Mais la fille a disparu. 
- Les filles disparaissent. Depuis toujours. Et ça sera toujours comme ça. Puis elles reviennent, les joues empourprées.
Non mais je rêve ! pensa Moreno. Mais elle sera les dents et s'efforça de faire un semblant de sourire. Un peu tendu, certes, et un peu trop rapide.
- Vous ne pensez pas qu'il y a un rapport avec l'ancienne affaire ?
- Vous en avez entendu parler ?
- Un peu, oui. Il paraît que c'était assez impressionnant...
Vrommel ne dit rien.
- Il n'est peut-être pas impossible qu'il y ait un rapport. D'une manière ou d'une autre.
- Je ne pense pas.
- Non ? (p. 133)
source: eyvind2016.se

Hakan Nesser (né en 1950) a été enseignant avant de se consacrer entièrement à l'écriture (dès 1998). Ses romans (principalement des romans policiers) ont obtenu de nombreux prix et ont été adaptés à la télévision suédoise. Parmi ses personnages récurrents, il y a les inspecteurs Van Veeteren (cité plusieurs fois par Eva Moreno) et Barbarotti. Les connaissez-vous ?

Pour en savoir plus sur l'auteur, un bon site, celui de l'éditeur allemand btb Verlag et le site officiel de l'auteur.

(éd. Points, traduit par Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy, 376 pp., 2012)

jeudi 15 septembre 2016

HIver à Sokcho - Elisa Shua Dusapin

source : site éditeur
Le récit de la rencontre à Sokcho (Corée du Sud) entre la narratrice et Yann, un auteur de bandes dessinées normand, de passage dans le coin à la recherche de l'inspiration pour la nouvelle aventure de son héros archéologue qu'il fait voyager dans le monde entier. La narratrice travaille dans une pension de famille et le Français y logeant, une relation faite d'attirance et de méfiance se tisse peu à peu entre eux. Il faut dire que la jeune femme vient de terminer ses études universitaires en littérature française à Séoul et que, de surcroît, elle est à moitié française - son père, qu'elle n'a jamais connu, ayant été "une aventure de passage" pour sa mère. Elle est intriguée par Yann et ses dessins. Celui-ci ne parle pas beaucoup et s'enferme de longues heures pour dessiner à l'encre. Mais, en même temps, il sollicite la jeune femme pour qu'elle lui serve de guide. Celle-ci accepte, trop heureuse de s'échapper quelques heures d'un quotidien fade et d'un avenir qu'elle ne voit pas dans une ville qui apparaît comme triste et froide et qui est délaissée par sa jeunesse au profit de Séoul. Le petit ami de la narratrice y part d'ailleurs tenter sa chance dans le mannequinat. Si Yann passe son temps à dessiner, la jeune femme, elle, consacre une grande partie du sien à cuisiner, comme un pendant / un répondant à l'auteur de BD (il paraît que les Coréens sont tout le temps en train de manger).

marché aux poissons à Sokcho - source : french.visitkorea.or.kr

Une histoire délicate et poétique, très bien racontée. Une atmosphère mélancolique mais que je n'ai pas trouvé "pombante". Une intrigue peu fournie mais qui, sur 150 pages, convient tout à fait et qui réserve quelques surprises à la fin - comme un petit coup d'accélérateur. Une histoire qui permet aussi à Elisa Shua Dusapin d'exprimer sa double culture franco-coréenne tout en abordant des thèmes comme la chirurgie esthétique qui est, semble-t-il très pratiquée en Corée.
source: via.ch

Après un diplôme de l'Institut littéraire suisse, Elisa Shua Dusapin (née en 1992) poursuit actuellement des études de lettres à Lausanne, tout en collaborant à divers spectacles et écritures pour le théâtre. Elle se produit également comme comédienne. Hiver à Sokcho est son premier roman et il a obtenu le prix Robert Walser 2016 (décerné tous les deux ans à un jeune auteur francophone).
L'excellent billet de Cécile

(éd. Zoé, 144 pp., Carouge, 2016)

dimanche 11 septembre 2016

Beckomberga. Ode à ma famille - Sara Stridsberg

source: site éditeur

1995, l'asile Beckomberga, situé au nord de Stockholm et ouvert en 1932, ferme. Construit pour être "une petite ville autonome", à la pointe des nouvelles méthodes pour traiter la "folie", c'est là que Jim, le père de Jackie, la narratrice, a passé la majeure partie de sa vie. Là qu'elle lui a rendu de nombreuses visites - au contraire de sa mère Lone. Là où elle se sentait bien. Pourtant, Jim n'a jamais cessé d'affirmer son mal de vivre, malgré son amour pour sa femme et sa fille.

Il m'est difficile de parler de ce roman dont l'écriture est absolument magnifique et lumineuse. Très belle, poétique, "lunaire", avec une pointe de "folie", d'étrangeté. Pourtant, si j'ai vraiment apprécié son style, j'avoue être restée un peu en dehors dans le sens où le récit n'est pas linéaire mais fait d'incessants allers-retours temporels dont je ne suis pas sûre d'avoir toujours bien compris les liens entre les différents personnages - celui d'Olof, par exemple, est resté un mystère pour moi.

Ce qui est sûr, c'est que le récit est une déclaration d'amour d'une fille pour son père qu'elle essaie de sauver tout en espérant ne pas avoir hérité de sa folie. De l'amour d'une fille pour son fils Marion qu'elle élève seule.

- Ce n'était pas bizarre, quand même ? Que je passe tout mon temps dans un vieil hôpital psychiatrique ?
Lone me regarde un long moment avant de répondre, je la vois partir dans ses pensées, flotter un instant avant de revenir à nous. Et bientôt ce rêve-là s'éteindra lui aussi, j'aimerais tellement pouvoir la retenir encore un peu.
- Je ne sais pas si c'était bizarre. Tu voulais être auprès de ton papa.
- Sauf qu'il n'a jamais été un vrai papa.
- Il était quoi, dans ce cas ?
- C'est justement ça que j'ignore. Il était autre chose.
- Alors pourquoi tu y allais, à Beckomberga ?
Le soleil brille désormais d'une lumière si faible, quelques stries dorées subsistent dans le ciel.
- Je me disais sûrement que j'arriverais à le ramener à la maison, pour qu'il soit à nouveau avec toi.
- Mais je ne voulais pas de lui. Tu l'as oublié ?
- J'en ai bien peur. (pp. 208-9)

source: dn.se

Sara Stridsberg (née en 1972) est romancière et dramaturge. Elle a obtenu de nombreux prix pour ses pièces comme ses romans dont cinq autres ont été traduits en français.

(éd. Gallimard, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, 377 pp., 2016)

Les ambitieux - Kelly Parsons

source: lelivredepoche.com

Steve Mitchell, marié, deux petites filles, est chirurgien à l'hôpital universitaire de Boston. Son rêve : devenir professeur. Et il pourrait bien se voir proposer un poste l'année prochaine s'il donne satisfaction à sa direction d'ici-là. Mais un de ses patients meurt, puis un second, et un troisième se retrouve aux soins intensifs après que Steve ai pris une initiative malheureuse lors d'une opération plutôt que d'attendre le retour de son superviseur appelé quelques minutes à une autre intervention. Que se passe-t-il ? Steve comprend que ces morts ne sont pas normales et qu'un tueur est à oeuvre à l'hôpital. Mais quel rapport avec lui ? Et lorsque l'assassin lui fait comprendre que s'il parle, des informations embarrassantes sur lui seront révélées... Ne pouvant contacter la police, Steve décide d'agir.

C'est le premier "thriller médical" que je lis et malgré les éloges d'Harlan Coben et Stephen King reproduites sur la couverture, je ne suis pas certaine d'en lire un autre prochainement. Pourtant, tout avait bien commencé - au niveau de l'intrigue car le style ne casse pas des barreaux de chaises. Mais bon, soit. J'ai pourtant rapidement été ennuyée par les clichés alignés (midddle class, hamburgers, casquette / tee-shirts et biscoteaux, baby-sitter, baseball et j'en passe), et les trop nombreux passages relatant des opérations et/ou des actes médicaux de manière précises, techniques et franchement ennuyants. Ah, et j'oubliais : dans le même style, il y en a d'autres mais dans le domaine de l'informatique. Car, ben oui, avant d'étudier la médecine, Steve a étudié l'informatique et sait donc parfaitement comment "hacker" un ordinateur - ce qui lui sera plutôt utile. J'ai survolé rapidement le dernier quart du livre.

Une déception.

Kelly Parsons (c'est un homme !) est un chirurgien urologue à San Diego. Ceci est son premier roman.

(éd. du Toucan / Le livre de poche, traduit par Johan Frederik Hel Guedj, 501 pp., 2015)

jeudi 1 septembre 2016

La relieuse du gué - Anne Delaflotte Mehdevi

Je m'étais demandé si l'auteur des dessins pouvait être mon client.
Non. Le papier était d'excellente qualité mais le livre montrait quelques signes d'ancienneté, les plus flagrants étant les signes d'usure lente, de décoloration graduelle du cuir, aux coins, au dos. (p. 52)
 
source: site éditeur
Mathilde a quitté son emploi dans la diplomatie pour ouvrir un atelier de reliure dans la campagne près de Bordeaux. C'est son grand-père qui l'avait initiée au métier et petit à petit, elle s'est fait une place au sein des artisans de la place. Un matin, un jeune homme lui apporte un livre à réparer. Un livre avec de magnifique aquarelles, des textes énigmatiques, et une reliure à l'allemande qui ne manque pas d'intriguer Mathilde. L'homme ne lui donne pas son nom mais la paie d'avance, s’évanouit avant de partir et promet de revenir chercher son bien quelques jours plus tard. Mais le lendemain, Mathilde apprend qu'il a été percuté par un véhicule sur le chemin vers la gare. Souhaitant pouvoir remettre le livre à la famille de son client, elle se lance dans une enquête pour découvrir qui il était - d'autant qu'après plusieurs jours à la morgue et une annonce de décès par la police, personne ne s'est présenté comme parent.

Une jolie histoire, contée avec talent et délicatesse. J'ai bien aimé le personnage de Mathilde mais j'avoue avoir parfois été un peu ennuyée par les descriptions de son métier - rien de long et pesant, je vous rassure - et le côté un peu trop "contemplatif" à mon goût. Le livre favori de Mathilde est Cyrano de Bergerac de Rostand et le roman en est émaillé d'extraits - un peu trop à mon goût mais je n'ai jamais lu la pièce donc je ne suis pas la meilleure placée pour dire si tous sont bien à propos par rapport au roman.
source: radio.cz
Pas un coup de cœur mais la découverte plaisante d'une auteure francophone, née à Auxerre en 1967 et qui a vécu une quinzaine d'année à Prague où elle a pratiqué la reliure de livres. Elle a, à ce jour, publié trois autres romans dont Le portefeuille rouge (2015) qui reprend le personnage de Mathilde. Son roman Fugue (2010), qui aborde les thèmes de la voix et du chant lyrique, me tente particulièrement; l'avez-vous lu ?


dimanche 28 août 2016

Ce sera ton dernier instant - Susan Hill

source: site éditeur
Après une tempête violente qui a provoqué des glissements de terrain, un squelette est retrouvé à Lafferton. Il est rapidement établi que c'est celui de la jeune Harriet Lowther, quinze ans, disparue seize ans plus tôt. Deux jours plus tard, un autre squelette est retrouvé à quelques mètres de là. Coïncidence ? Certainement pas pour Simon Serrailler, le commissaire divisionnaire qui, malgré des coupes budgétaires qui le prive d'effectif supplémentaire, rouvre l'enquête.

J'aime beaucoup les nouvelles / novellas gothiques de Susan Hill mais je n'avais pas du tout accroché au seul roman de sa série Serrailler que j'avais tenté de lire, il y a quelques années. Je ne me souviens plus du titre mais que j'avais abandonné, cela oui.

L'autre jour, à ma bibliothèque, je suis tombée par hasard sur ce titre et comme l'histoire me tentait, j'ai décidé de lui donner une seconde chance. Ce que je ne regrette pas, car j'ai apprécié ma lecture, sans pour autant parler de coup de cœur. Mais j'ai passé un bon moment et c'est déjà bien.

L'intrigue est assez lente ou, disons plutôt qu'elle est émaillé d'histoires parallèles. Celle de Jocelyn Forbes, une retraitée qui se sait atteinte de la maladie de Charcot et décide de se rendre en Suisse pour en finir (le suicide assisté est toléré sous conditions médicales très strictes). Celle aussi du Dr Cat Deerbon, la sœur de Serrailler, veuve avec trois enfants, médecin généraliste mais très impliquée dans les traitements aux personnes en fin de vie. Elle loue une chambre à Molly, une étudiante en médecine qu'elle essaie de sensibiliser aux soins aux personnes mourantes et qui va vivre une petite aventure assez perturbante (sur ce point, l'histoire finie en queue de poisson et c'est bien dommage). Et puis aussi la vie du personnage principal, le commissaire Serrailler qui, lors d'un banquet durant lequel il remplace sa cheffe en convalescence, fait la connaissance de Rachel Wyatt, une jeune femme mariée à Kenneth qui souffre de la maladie de Parkinson et a trente ans de plus qu'elle. Leur coup de foudre réciproque va d'ailleurs poser quelques problèmes de concentration au commissaire - et quelques cas de conscience aussi.

Bref, si l'histoire principale est intéressante, j'ai beaucoup apprécié les intrigues parallèles, notamment celle de Cat et Molly. Je me souvenais des personnages principaux donc je n'étais pas trop perdue mais sur ce point, je ne suis pas sûre que lire les romans dans un ordre non chronologique soit évident.

Si vous chercher un roman "policier" qui privilégie les personnages, la psychologie et la réflexion sur des thèmes de société, il pourrait vous plaire. Si vous préférez l'action et les rebondissements, il vaut mieux passer votre chemin.

(éd. Robert Laffont, traduit par Johan-Frédérik Hel Guedj, 395 pp., 2014)

lundi 15 août 2016

48 heures pour mourir - Andreas Gruber

source: site éditeur

Munich, le corps d'une femme est retrouvé attaché au grand orgue de la cathédrale. Le médecin légiste conclu à une mort par noyade - on lui a fait avaler deux litres d'encre noire. La jeune commissaire Sabine Nemez est envoyée sur les lieux mais l'enquête lui est rapidement retirée, la victime étant sa mère. L'enquête est confiée à Maarten S. Sneijder, un profileur de l'office fédéral de la police criminelle, institut dans lequel la jeune femme a déjà fait trois demandes d'admission - sans succès. Talentueux mais pour le moins spécial et irascible, il décide, malgré les interdictions, de s'adjoindre l'aide de Sabine après que celle-ci lui ai désigné une piste convaincante : celle de Struwwelpeter, un célèbre livre de contes pour enfants publié par le psychiatre Heinrich Hoffmann en 1844. C'est sur ce recueil que semble en effet calquer ses crimes le tueur en série - l'affaire est rapidement reliée à deux meurtres précédents à Cologne et Leipzig.

Au même moment à Vienne, au petit matin, Helen Berger, une psychothérapeute et ancienne profileuse pour la police criminelle, reçoit un colis avec un doigt dedans puis un appel téléphonique lui laissant 48 heures pour découvrir qui et pourquoi le/la propriétaire du doigt a été enlevé. Si elle réussit, la victime aura la vie sauve; sinon, elle mourra.

Une excellente lecture ! J'ai eu quelques craintes sur le style (ou la traduction ?) durant les premières pages mais j'ai rapidement été emportée par l'intrigue et ai avidement poursuivi ma lecture. Malgré peut-être quelques rebondissements de trop dans les trente dernières pages, je le pardonne volontiers, car l'ensemble est bien équilibré entre l'enquête de Sneijder et Sabine, les recherches d'Helen et des séances de psychothérapies entre le Dr Rose Harmann et son patient Carl Boni. J'ai relevé deux ou trois petites incohérences mais mineures et sans impact aucun sur l'intrigue. Les personnages mériteraient parfois d'être un peu plus fouillés mais ce roman étant le premier de la série avec Sneijder (paru en 2012), on peut espérer qu'on en apprend plus sur ce personnage dans les deux autres romans parus (parus en 2015 et 2016, non traduits).

Je recommande vivement !

Andreas Gruber (né en 1968) est Autrichien et auteur de romans d'horreur, de fantastique et de thriller/policier. Il commence à écrire après des études d'économie à l'université de Vienne et ses textes (romans et nouvelles) obtiennent plusieurs prix, notamment dans le domaine fantastique. Ce roman est le premier a être traduit en français mais je ne doute guère que d'autres suivront. Détails sur le site de l'auteur

(éd. L'Archipel, traduit par Jean-Marie Argelès, 407 pp., Paris, 2015)